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Interactif ou non, là est la question

Interactivité par-ci, interactivité par-là, on entend énormément parler des séries web interactives depuis quelques temps. Certaines à qui ça réussit très bien, d’autres qui se sont fait prendre au piège. Certains débattent de la nécessité de cette technique, d’autres (comme les subventionnaires), la demande à tout prix. Je me suis entretenue avec deux artisans qui semblent avoir compris la recette gagnante de l’interactivité, Miryam Bouchard (créatrice de Fabrique-moi un conte) et Micho Marquis-Rose (créateur de Zieuter.tv) sur le comment du pourquoi.

Premièrement, comment peut-on définir exactement une série web interactive? Quels en sont les critères?

Miryam : Il faut seulement qu’il y ait une participation du public. Ce n’est pas « je clique, je regarde, j’écoute », il faut que le spectateur devienne participant. Souvent, les gens pensent que lorsqu’une série est interactive, c’est compliqué et ça comprend plein d’étapes. Oui, il y en a certaines qui sont complexes, mais il y en a d’autres où c’est très simple. J’aime comparer ça aux livres de notre enfance « Les livres dont vous êtes le héro ». On devait lire l’histoire, et au travers de la lecture, choisir la suite du récit.

Qu’est-ce qui fait que vous avez opté pour l’interactivité? Une demande particulière des subventionnaires ou c’est arrivé spontanément?

Miryam : J’ai eu l’idée il y a quelques années parce qu’en faisant Les chroniques d’une Mère Indigne (elle en était l’instigatrice et la réalisatrice) j’ai réalisé que sur le web, il n’y a pas de filtre, c’es instantané. Autant les critiques que les suggestions du public… Trente secondes après la diffusion d’un épisode, certaines personnes nous écrivaient pour questionner le choix d’un comédien, ou pour nous suggérer une idée pour la suite de l’histoire. J’ai compris que ces gens voulaient avoir une influence sur la série, un peu comme si ça leur appartenait. L’idée me vient aussi un peu de mon père, qui me racontait des histoires inventées quand j’étais petite. Quand j’ai eu l’âge de lire, j’ai compris que ses histoires « inventées », étaient quelques fois sa propre version des contes classiques. (Rires)
Micho : J’ai commencé à développer Zieuter.tv avant que le nouveau Fond des Médias du Canada soit connu. Ensuite, j’ai continué avec des projets interactifs car oui, le financement est plus présent mais aussi parce qu’avec Zieuter.tv mon équipe et moi avons développé une bonne expertise pour ce genre de websérie.

Pourquoi, selon vous, l’interactivité est-elle un critère qui revient régulièrement dans les demandes de subventions? Est-ce que l’interactivité amène vraiment un plus vaste public?

Micho : Dans le cas du FMC, le fond disponible pour les webséries est seulement le volet expérimental. Ce volet englobe un paquet de trucs comme les jeux vidéo et les logiciels. La demande d’interactivité est donc justifiée, il faut des projets novateurs et …Expérimentales. Je crois qu’en ce moment, le problème n’est pas la demande d’interactivité des 2 fonds disponibles pour les webséries, mais bien un manque de financement diversifié destiné à ce créneau. Il y a de la place sur le web pour le linéaire et l’interactif, le public est là et aime nos webséries québécoises.

Est-ce une charge de travail plus importante que de gérer un site interactif?

Miryam : C’est certain que c’est plus difficile, ce n’est pas seulement mettre en ligne un épisode une fois par semaine. Fabrique-moi un conte, c’est aussi un tournage, de l’écriture et de la recherche qui s’étalent sur 8 semaines, comme un long métrage. On a décidé de ne pas se faciliter la vie parce qu’en plus, on fait un making of par épisode. C’est aussi plus coûteux et complexe, puisque le site est toujours actif et qu’il y a une mise à jour constante.
Micho :
Définitivement. Plusieurs tests sont nécessaires et tant qu’il y des mises en ligne, le travail n’est pas terminé.

Quelle est la réponse du public jusqu’à présent? Est-il très participatif?

Micho : La réponse est très positive, le public aime et il est présent à toutes les semaines. Nous sommes très heureux du résultat. Nous sommes aussi très fiers du prix à La Rochelle (WebTV-Festival) et ce qui est fou c’est qu’il y avait des projets très forts dans notre catégorie comme Addict diffusé par ARTE, un projet interactif de 1 200 000 d’euros…. Faut croire qu’au Québec on fait beaucoup avec peu.

Que conseilleriez-vous à un créateur de webtélé qui voudrait opter pour l’interactivité? Y’a-t-il des choses à faire, ou à ne pas faire absolument?

Miryam : Pour ma part, j’aurais peut-être essayé de lancer quelque chose deux ou trois semaines avant le début de la série, afin de créer un « buzz » et qu’à la première semaine, il y ait déjà un attrait pour la série. On le sait, la promo dans le monde du web, c’est surtout du bouche à oreille. Le succès de notre concept est basé sur les huit semaines d’interactivité directe, donc si ça prend trois ou quatre semaines avant d’atteindre notre plus haut nombre d’auditeurs, c’est un peu moins intéressant.
Micho :
Je crois que les choses les plus importantes à savoir, c’est que votre projet doit être pensé interactif dès le tout début, dès la genèse. Il ne faut pas plaquer ou forcer un concept interactif sur une série de fiction…Ça ne fonctionnera pas. Ensuite, entourez-vous! Dans un projet interactif, ce qui est primordiale, c’est l’échange entre les différents créateurs fiction et web. Vous devez créer des rencontres pour avoir un projet le plus complet possible. Je vais citer Hugues Sweeney de l’ONF qui a, entre autres, récemment produit les excellents projets « Sacrée Montagne » et « Ma tribu c’est ma vie », il dit en parlant de ses projets :  » mon réalisateur, c’est l’équipe ». Je crois que ça illustre parfaitement la dynamique d’un projet interactif de fiction ou documentaire.

Merci beaucoup à Micho Marquis-Rose et Miryam Bouchard pour ces entrevues. Pour écouter ces deux excellentes séries, ou plutôt, pour y participer:

Zieuter.tv :
http://zieuter.tv/

Fabrique-moi un conte :
http://lescontes.radio-canada.ca/

Et voilà, à la prochaine, mes doux lecteurs, sur mon blogue Kebweb.TV !!!

C

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Que le meilleur, gagne!

C’est avec une grande fierté patriotique que j’ai découvert les nominations au WebTV-Festival de La Rochelle, en France, qui en est à sa deuxième édition et qui se déroulera du 16 au 18 mars 2011.

Le WebTV-Festival est un festival international récompensant les séries web de la francophonie. Comble du bonheur, plus de 20 séries web de chez nous (dont 7 provenant de KebwebJ) sont en lice pour les prix du Jury ainsi que pour les prix remis par les internautes, dans les nombreuses catégories telles que, entre autres : Web-Fiction, Web-Documentaire, Web-Humour, Web-Animation et une nouveauté cette année, Web-Interactif. Des séries comme Temps Mort + Making of-Temps Mort, Juliette en direct, 3Gars.tv, Othello et Juliette, Zieuter.tv, La Déséducation, En audition avec Simon, Une vie de vrai gars, Le Tapis rose de Catherine, Les Chroniques d’une Mère Indigne, Zenmatique.tv, Au dessus de la moyenne, Comment survivre aux week-ends, Jack Jobin, Dakodak, Le Making of-2 Frogs dans l’Ouest, Les Motst’asdits, Contrat de gars, et j’en passe, s’affronteront pour conquérir le cœur du Jury Officiel du festival, mais aussi le cœur du public! Depuis le 10 mars, les gens de partout dans le monde peuvent écouter un épisode de chaque série présentée et lui donner une note sur 5. En tout, 157 programmes.

Toutefois, les nominations québécoises ne font pas l’unanimité. Certains trouvent que la sélection n’est pas assez sévère, que certaines séries n’y ont pas leur place. J’ai entendu quelqu’un dire : « Ben là, toutes les séries web québécoises sont là. »…hmm. Comme vous vous en doutez, je ne suis pas totalement d’accord. C’est vrai, il a à peu près 300 séries web québécoises recensées. Et je ne sais pas combien en tout dans la communauté francophone au grand complet… Alors, à ceux qui sont un peu de mauvaise foi, pourquoi ne pas se réjouir pour la webtélé québécoise? Je trouve que c’est une p’tite tape dans le dos pour nos artisans. Ça donne aussi une belle visibilité à des créateurs d’ici qui n’auront pas nécessairement la chance de faire parti des …quatre… nommés aux Gémeaux, non?

Bon, c’était le moment « opinion » de ce billet.

Quelques québécois traverseront l’Atlantique dans le cadre du WebTV-Festival pour aller présenter eux-mêmes leur projet adoré, comme Marie-Claude Blouin, Vicky Bounadère et Félix Tétreault de Juliette en direct, qui ont eu la chance, comme six autres créateurs de webtélé, d’obtenir une bourse de l’OFQJ pour jeunes entrepreneurs. Ils se sont prononcés sur la signification de cette nomination pour eux.

« On est très heureux d’être en nomination. Mais on trouve dommage qu’il n’y ait pas de catégorie jeunesse, car selon nous c’est un créneau particulier et il est difficile de faire des comparatifs entre un projet 6-8 ans et un projet grand public. Ceci dit, on considère que Juliette est un projet de haute qualité et qu’il mérite sa place dans la catégorie fiction! »

« Il est certain que ce festival est une vitrine de plus pour Juliette et c’est toujours bon pour un projet de dépasser des frontières. À voir pour la suite….! »

Les gars de Temps Mort, seront aussi à La Rochelle durant cette période. J’ai pu m’entretenir avec Roberto Mei, assistant réalisateur et producteur exécutif de la série, sur l’importance de ce voyage pour eux.

« Nous n’avons pas eu de subventions pour aller là-bas. Pour les 3 producteurs (Eric Piccoli, Marco Frascarelli et moi) la décision de proposer le projet « Temps Mort – saison 2 » au Festival de La Rochelle venait avec le fait que nous irions le représenter sur place par nos propres moyens. Lorsque le projet à été nominé, nous avons demandé aux 3 auteurs (Julien Deschamps Jolin, Mario J. Ramos et Félix Rose), s’ils voulaient nous accompagner. Ils ont tous acceptés et, eux-aussi, par leurs propres moyens. Par la suite nous avons fait des recherches de subventions, mais en vain. Afin de payer une partie du voyagement, l’idée d’approcher des revues reliées au cinéma pour des articles et reportages photos sur place fait par notre équipe a été soulevée. Nous partagerons les ventes de ces articles ensembles, si on trouve preneur. »

Mais ça coûte cher, tout ça, non ? Il faut vouloir, quand même…

« Selon moi, le producteur se doit, dans la mesure du possible, d’accompagner son œuvre, ou ses artistes dans les festivals dans lesquels il choisi de se proposer. Une nomination à un festival reconnu apporte une certaine renommée au projet, un certain sceau de qualité et une reconnaissance internationale. Donc, d’être sur place permet de faire la promotion de ce projet, et si jamais on en retire un prix, c’est une question de respect pour les organisateurs d’avoir un représentant sur place pour l’accepter. »

Sages paroles. Et le nombre impressionnant de séries web québécoises en nomination, qu’en pense-t-il ? Le web serait-il plus développé au Québec ?

« Le web n’est pas moins développé en France, mais il est développé différemment. La France supporte, finance et diffuse depuis les dernières années des courts métrages, longs métrages et beaucoup de documentaires sur le web. Par contre au Québec, c’est la série web de fiction qui s’est démarquée par sa qualité et sa quantité en 2010. On a eu droit à plusieurs nouveautés et concepts de très haute qualité cette année. Les thèmes internationaux de nos séries web québécoises ont su attirées l’intérêt du public français. »

Les gars seront présents du 16 au 18 à La Rochelle, et seront à Paris du 19 au 24 afin de rencontrer un distributeur intéressé au projet. Ils en profiteront peut-être aussi pour tourner un court-métrage. Ils n’arrêtent jamais, ces garçons! Gros merci à Roberto pour ses réponses. Monsieur Mei qui sera d’ailleurs de la distribution d’Alice aux pays des Merveilles par Mariloup Wolfe dès lundi pour Fabrique-moi un conte, série qui est aussi en nomination au festival (ouff, je fais des liens de guerrière du web) :

http://lescontes.radio-canada.ca/

Je vous invite donc à aller voter pour vos séries favorites au WebTV-Festival. En fait, je vous y oblige. Pour voter, vous n’avez qu’à sélectionner une série, et dans le bas, vous verrez les notes de 1 à 5. Vous ne pouvez voter qu’une seule fois par clip, mais vous pouvez voter pour le nombre de clips que vous voulez…Muhahaha. C’est important de le faire afin d’encourager notre webtélé. Le petit cinq minutes de votre temps vaut beaucoup. Voyez, je vous donne même le lien sur un plateau d’argent :

http://www.webtv-festival.tv/presentation/le-webtv-festival-2011.html,1,75,1,0,0

Bonne chance à toutes les séries québécoises en « compétition ». J’isole le mot « compétition » car je suis une grande utopiste et j’ose croire que nous sommes une belle et grande communauté. J’ai mes chouchous, comme les séries sur lesquelles j’ai travaillé, mais je suis sincèrement fière et heureuse pour tous ceux qui ont participés aux séries reconnues par le WebTV-Festival, qui sont pour la plupart des gens que j’aime et que je respecte énormément. Merde à tous, comme on dit.

C