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Un homme, un vrai; conversation avec Jonathan Roberge

Parmi les succès populaires de la courte histoire de la webtélé québécoise, on compte incontestablement Contrat d’gars, et son spin-off Une vie de vrai gars. Jonathan Roberge et Alexandre Champagne, concepteurs, auteurs et interprètes des  deux personnages principaux de la série ont marqué au fer rouge l’imaginaire de bien des jeunes hommes à grands coups de testostérone et de «mâlitude». Au total, la franchise Contrat d’gars a généré plus de 8 millions de clics depuis la mise en ligne de la première capsule, en 2009.  Un an après la fin du «talk-show viril», Jonathan Roberge, en solo cette fois-ci, écrit et réalise la websérie Fiston, dans laquelle il joue un père léguant à son fils un testament vidéo lui offrant des conseils peu orthodoxes et parfois déroutants. Le jeune créateur atteint à nouveau la cible; en 2 mois seulement, les capsules de Fiston ont été vues plus de 1,8 millions de fois. En plus de ces succès webtélé, Jonathan Roberge est également le concepteur de la vidéo de flashmob valorisant le recyclage produite dans le cadre de l’émission Testé sur des humains, qui avait été en avril 2011 un succès viral mondial (plus de 2 millions de vues). 

De tels chiffres d’audience ne sont pas communs pour les webséries d’ici. Il semble évident que Jonathan Roberge a compris comment créer des contenus qui ont une forte raisonnance auprès d’un public nombreux. Je l’ai convié à une discussion autours des thèmes de la création pour le web, du succès online et de ses retombées dans le monde offline.  Conversation avec un homme, un vrai.

Gabrielle Madé: Ce que tu fais fonctionne, c’est indéniable. Tu sembles avoir trouvé une certaine «recette du succès» en webtélé; quelle est-elle?  Qu’est-ce qui fait de la webtélé qui fonctionne bien en terme d’audience?

Jonathan Roberge: La webtélé, c’est pas de la télé, c’est pas du cinéma, c’est une forme qui a sa propre écriture, ses propres punchs.  C’est une forme narrative en soi. En websérie d’humour, c’est pas compliqué; il faut que tu punches fort, vite et souvent. Qu’est-ce qu’on regarde en premier quand on ouvre une vidéo? La durée.  Un clip trop long, ça décourage bein du monde. Une capsule, pour qu’elle marche, pour qu’elle soit virale, pour qu’elle soit vue, il faut qu’elle reste assez courte. Moi je préconise le 3 minutes ou moins. Au delà de 3 minutes, je m’assure que j’ai un punch très fort à mi-chemin, un gros éclat de rire, pour être sûr de garder les auditeurs intéressés.

Aussi, il y a certainement une réalisation et un montage particulier à une websérie d’humour. C’est difficile de trouver les mots exacts pour décrire la particularité du genre, mais encore ici, je dirais punché, rapide et droit au but. Des plans rapprochés, le plus souvent à caméra fixe, pour que ça ne prenne pas de temps à comprendre, le tout monté très serré. Regarde Contrat d’gars, regarde Fiston, regarde Bref; les gens cliquent, les gens partagent parce que c’est court, ça fait rire et on passe à autre chose au bout de 2 minutes. 

GM: Es-tu en train de dire qu’au delà de l’humour, point de salut en webtélé? Où vois-tu la dramatique, les magazines, les autres genres?

JR: Je pense qu’il y a certainement de la place pour d’autre chose que l’humour en webtélé, mais je ne suis pas du tout convaincu qu’une série dramatique ou qu’un magazine peut être viral, peut cumuler des millions de clics. Si on parle de succès populaire, tout se joue sur les médias sociaux. Le partage sur Facebook et sur Twitter est crucial; jusqu’ici, on n’a vu aucune websérie attirer des millions de clics sans l’effet viral des plateformes sociales.  Pour les séries dramatiques ou autres, d’après moi il faut établir des critères différents que le nombre total de clics pour juger si c’est un succès ou non, comme la solidité de la communauté de fans bâtie autour d’un projet, par exemple.

GM: Qu’est-ce que ça change d’avoir du succès en webtélé? Comment le rayonnement d’une série comme Contrat d’gars ou comme Fiston se fait-il sentir?

JR: Un gros hit sur le web, ça te met sur la map. À partir de là, il y a pas mal plus de gens qui te reconnaissent, dans l’industrie comme dans la vie de tous les jours.  Un succès populaire sur le web, ça te bâtit une base de fans qui te suit après, dans d’autres projets.  J’ai aussi eu quelques offres comme scripteur en télé après Contrat d’gars. Par contre, ça ne te rend pas riche, ça c’est clair! Créer une websérie est un très bon moyen de commencer, un bon tremplin que je recommande à quiconque a un peu de talent et veut se faire connaître, mais il ne faut pas penser se mettre riche avec ça.

GM: Que penses-tu de l’industrie de la webtélé au Québec telle qu’elle est en train de se structurer?

JR: Il y a quelque chose d’assez injuste dans le fonctionnement du marché de la webtélé, tel qu’il est pour le moment: je pense que les créateurs ne reçoivent pas leur juste part quand leur contenu est monétisé par le diffuseur d’une quelconque façon, par la pub par exemple. Avec 8 millions de clics sur trois saisons de Contrat d’gars et deux saisons d’Une vie de vrai gars, j’ai fait 10 000$.  J’ai beau avoir travaillé des heures de fou là-dessus, ce n’est pas ça qui m’a fait vivre dans les dernières années. Ça ne marchera pas à long terme de laisser les créateurs être mal payés comme c’est le cas en ce moment. Ça ne fera pas une industrie viable. Il faudrait repenser les structures financières et trouver un moyen de mieux distribuer les revenus associés à la diffusion de webtélé.  Étant donné que la situation est comme telle pour le moment, comme artiste ou artisan on essaie de voir si ce qu’on a créé est exploitable dans d’autres sphères.

GM: C’est intéressant de voir qu’on peut penser à des projets web comme à des «marques» qui se déclinent sur de multiples plateformes, au sens large du terme, comme on le fait souvent pour d’autres types de projets culturels. Dans le cas de Contrat d’gars ou de Fiston, est-ce qu’on pourrait penser sortir des personnages de webtélé de l’écran d’ordinateur pour faire une série télé ou un film, par exemple?

JR: C’est intéressant ce que tu dis, parce que oui on pense comme ça; Fiston était à la base un projet de livre qu’on a plutôt décidé de décliner en capsules web. À l’inverse, ce qui est créé sur le web peut très bien vivre ailleurs. Par exemple, cet été, Alexandre Champagne et moi allons amener nos personnages de Contrat d’gars sur scène au Zoofest et je vais faire la même chose aussi avec mon personnage de Fiston. J’ai vraiment hâte de voir si le public va me suivre là-dedans.

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Cet été, des personnages webtélé prendront effectivement d’assaut les scènes du Zoofest du Festival Juste pour rire, pour notre plus grand plaisir. On pourra voir le père de Fiston en compagnie de Martin Félip et Jérémy Larouche dans le spectacle Les Papas, les 5-6-7-9 et 10 juillet.  De leur côté, John et Alex de Contrat d’gars partageront la scène du Show XXX avec Kim Lizotte et Yannick De Martino les 18, 19, 20, 25, 26 et 27 juillet. Attention, ce dernier spectacle s’adresse à un public averti. Les billets seront mis en vente sous peu.

Billet écrit par: Gabrielle Madé

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Que le meilleur, gagne!

C’est avec une grande fierté patriotique que j’ai découvert les nominations au WebTV-Festival de La Rochelle, en France, qui en est à sa deuxième édition et qui se déroulera du 16 au 18 mars 2011.

Le WebTV-Festival est un festival international récompensant les séries web de la francophonie. Comble du bonheur, plus de 20 séries web de chez nous (dont 7 provenant de KebwebJ) sont en lice pour les prix du Jury ainsi que pour les prix remis par les internautes, dans les nombreuses catégories telles que, entre autres : Web-Fiction, Web-Documentaire, Web-Humour, Web-Animation et une nouveauté cette année, Web-Interactif. Des séries comme Temps Mort + Making of-Temps Mort, Juliette en direct, 3Gars.tv, Othello et Juliette, Zieuter.tv, La Déséducation, En audition avec Simon, Une vie de vrai gars, Le Tapis rose de Catherine, Les Chroniques d’une Mère Indigne, Zenmatique.tv, Au dessus de la moyenne, Comment survivre aux week-ends, Jack Jobin, Dakodak, Le Making of-2 Frogs dans l’Ouest, Les Motst’asdits, Contrat de gars, et j’en passe, s’affronteront pour conquérir le cœur du Jury Officiel du festival, mais aussi le cœur du public! Depuis le 10 mars, les gens de partout dans le monde peuvent écouter un épisode de chaque série présentée et lui donner une note sur 5. En tout, 157 programmes.

Toutefois, les nominations québécoises ne font pas l’unanimité. Certains trouvent que la sélection n’est pas assez sévère, que certaines séries n’y ont pas leur place. J’ai entendu quelqu’un dire : « Ben là, toutes les séries web québécoises sont là. »…hmm. Comme vous vous en doutez, je ne suis pas totalement d’accord. C’est vrai, il a à peu près 300 séries web québécoises recensées. Et je ne sais pas combien en tout dans la communauté francophone au grand complet… Alors, à ceux qui sont un peu de mauvaise foi, pourquoi ne pas se réjouir pour la webtélé québécoise? Je trouve que c’est une p’tite tape dans le dos pour nos artisans. Ça donne aussi une belle visibilité à des créateurs d’ici qui n’auront pas nécessairement la chance de faire parti des …quatre… nommés aux Gémeaux, non?

Bon, c’était le moment « opinion » de ce billet.

Quelques québécois traverseront l’Atlantique dans le cadre du WebTV-Festival pour aller présenter eux-mêmes leur projet adoré, comme Marie-Claude Blouin, Vicky Bounadère et Félix Tétreault de Juliette en direct, qui ont eu la chance, comme six autres créateurs de webtélé, d’obtenir une bourse de l’OFQJ pour jeunes entrepreneurs. Ils se sont prononcés sur la signification de cette nomination pour eux.

« On est très heureux d’être en nomination. Mais on trouve dommage qu’il n’y ait pas de catégorie jeunesse, car selon nous c’est un créneau particulier et il est difficile de faire des comparatifs entre un projet 6-8 ans et un projet grand public. Ceci dit, on considère que Juliette est un projet de haute qualité et qu’il mérite sa place dans la catégorie fiction! »

« Il est certain que ce festival est une vitrine de plus pour Juliette et c’est toujours bon pour un projet de dépasser des frontières. À voir pour la suite….! »

Les gars de Temps Mort, seront aussi à La Rochelle durant cette période. J’ai pu m’entretenir avec Roberto Mei, assistant réalisateur et producteur exécutif de la série, sur l’importance de ce voyage pour eux.

« Nous n’avons pas eu de subventions pour aller là-bas. Pour les 3 producteurs (Eric Piccoli, Marco Frascarelli et moi) la décision de proposer le projet « Temps Mort – saison 2 » au Festival de La Rochelle venait avec le fait que nous irions le représenter sur place par nos propres moyens. Lorsque le projet à été nominé, nous avons demandé aux 3 auteurs (Julien Deschamps Jolin, Mario J. Ramos et Félix Rose), s’ils voulaient nous accompagner. Ils ont tous acceptés et, eux-aussi, par leurs propres moyens. Par la suite nous avons fait des recherches de subventions, mais en vain. Afin de payer une partie du voyagement, l’idée d’approcher des revues reliées au cinéma pour des articles et reportages photos sur place fait par notre équipe a été soulevée. Nous partagerons les ventes de ces articles ensembles, si on trouve preneur. »

Mais ça coûte cher, tout ça, non ? Il faut vouloir, quand même…

« Selon moi, le producteur se doit, dans la mesure du possible, d’accompagner son œuvre, ou ses artistes dans les festivals dans lesquels il choisi de se proposer. Une nomination à un festival reconnu apporte une certaine renommée au projet, un certain sceau de qualité et une reconnaissance internationale. Donc, d’être sur place permet de faire la promotion de ce projet, et si jamais on en retire un prix, c’est une question de respect pour les organisateurs d’avoir un représentant sur place pour l’accepter. »

Sages paroles. Et le nombre impressionnant de séries web québécoises en nomination, qu’en pense-t-il ? Le web serait-il plus développé au Québec ?

« Le web n’est pas moins développé en France, mais il est développé différemment. La France supporte, finance et diffuse depuis les dernières années des courts métrages, longs métrages et beaucoup de documentaires sur le web. Par contre au Québec, c’est la série web de fiction qui s’est démarquée par sa qualité et sa quantité en 2010. On a eu droit à plusieurs nouveautés et concepts de très haute qualité cette année. Les thèmes internationaux de nos séries web québécoises ont su attirées l’intérêt du public français. »

Les gars seront présents du 16 au 18 à La Rochelle, et seront à Paris du 19 au 24 afin de rencontrer un distributeur intéressé au projet. Ils en profiteront peut-être aussi pour tourner un court-métrage. Ils n’arrêtent jamais, ces garçons! Gros merci à Roberto pour ses réponses. Monsieur Mei qui sera d’ailleurs de la distribution d’Alice aux pays des Merveilles par Mariloup Wolfe dès lundi pour Fabrique-moi un conte, série qui est aussi en nomination au festival (ouff, je fais des liens de guerrière du web) :

http://lescontes.radio-canada.ca/

Je vous invite donc à aller voter pour vos séries favorites au WebTV-Festival. En fait, je vous y oblige. Pour voter, vous n’avez qu’à sélectionner une série, et dans le bas, vous verrez les notes de 1 à 5. Vous ne pouvez voter qu’une seule fois par clip, mais vous pouvez voter pour le nombre de clips que vous voulez…Muhahaha. C’est important de le faire afin d’encourager notre webtélé. Le petit cinq minutes de votre temps vaut beaucoup. Voyez, je vous donne même le lien sur un plateau d’argent :

http://www.webtv-festival.tv/presentation/le-webtv-festival-2011.html,1,75,1,0,0

Bonne chance à toutes les séries québécoises en « compétition ». J’isole le mot « compétition » car je suis une grande utopiste et j’ose croire que nous sommes une belle et grande communauté. J’ai mes chouchous, comme les séries sur lesquelles j’ai travaillé, mais je suis sincèrement fière et heureuse pour tous ceux qui ont participés aux séries reconnues par le WebTV-Festival, qui sont pour la plupart des gens que j’aime et que je respecte énormément. Merde à tous, comme on dit.

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