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Que le meilleur, gagne!

C’est avec une grande fierté patriotique que j’ai découvert les nominations au WebTV-Festival de La Rochelle, en France, qui en est à sa deuxième édition et qui se déroulera du 16 au 18 mars 2011.

Le WebTV-Festival est un festival international récompensant les séries web de la francophonie. Comble du bonheur, plus de 20 séries web de chez nous (dont 7 provenant de KebwebJ) sont en lice pour les prix du Jury ainsi que pour les prix remis par les internautes, dans les nombreuses catégories telles que, entre autres : Web-Fiction, Web-Documentaire, Web-Humour, Web-Animation et une nouveauté cette année, Web-Interactif. Des séries comme Temps Mort + Making of-Temps Mort, Juliette en direct, 3Gars.tv, Othello et Juliette, Zieuter.tv, La Déséducation, En audition avec Simon, Une vie de vrai gars, Le Tapis rose de Catherine, Les Chroniques d’une Mère Indigne, Zenmatique.tv, Au dessus de la moyenne, Comment survivre aux week-ends, Jack Jobin, Dakodak, Le Making of-2 Frogs dans l’Ouest, Les Motst’asdits, Contrat de gars, et j’en passe, s’affronteront pour conquérir le cœur du Jury Officiel du festival, mais aussi le cœur du public! Depuis le 10 mars, les gens de partout dans le monde peuvent écouter un épisode de chaque série présentée et lui donner une note sur 5. En tout, 157 programmes.

Toutefois, les nominations québécoises ne font pas l’unanimité. Certains trouvent que la sélection n’est pas assez sévère, que certaines séries n’y ont pas leur place. J’ai entendu quelqu’un dire : « Ben là, toutes les séries web québécoises sont là. »…hmm. Comme vous vous en doutez, je ne suis pas totalement d’accord. C’est vrai, il a à peu près 300 séries web québécoises recensées. Et je ne sais pas combien en tout dans la communauté francophone au grand complet… Alors, à ceux qui sont un peu de mauvaise foi, pourquoi ne pas se réjouir pour la webtélé québécoise? Je trouve que c’est une p’tite tape dans le dos pour nos artisans. Ça donne aussi une belle visibilité à des créateurs d’ici qui n’auront pas nécessairement la chance de faire parti des …quatre… nommés aux Gémeaux, non?

Bon, c’était le moment « opinion » de ce billet.

Quelques québécois traverseront l’Atlantique dans le cadre du WebTV-Festival pour aller présenter eux-mêmes leur projet adoré, comme Marie-Claude Blouin, Vicky Bounadère et Félix Tétreault de Juliette en direct, qui ont eu la chance, comme six autres créateurs de webtélé, d’obtenir une bourse de l’OFQJ pour jeunes entrepreneurs. Ils se sont prononcés sur la signification de cette nomination pour eux.

« On est très heureux d’être en nomination. Mais on trouve dommage qu’il n’y ait pas de catégorie jeunesse, car selon nous c’est un créneau particulier et il est difficile de faire des comparatifs entre un projet 6-8 ans et un projet grand public. Ceci dit, on considère que Juliette est un projet de haute qualité et qu’il mérite sa place dans la catégorie fiction! »

« Il est certain que ce festival est une vitrine de plus pour Juliette et c’est toujours bon pour un projet de dépasser des frontières. À voir pour la suite….! »

Les gars de Temps Mort, seront aussi à La Rochelle durant cette période. J’ai pu m’entretenir avec Roberto Mei, assistant réalisateur et producteur exécutif de la série, sur l’importance de ce voyage pour eux.

« Nous n’avons pas eu de subventions pour aller là-bas. Pour les 3 producteurs (Eric Piccoli, Marco Frascarelli et moi) la décision de proposer le projet « Temps Mort – saison 2 » au Festival de La Rochelle venait avec le fait que nous irions le représenter sur place par nos propres moyens. Lorsque le projet à été nominé, nous avons demandé aux 3 auteurs (Julien Deschamps Jolin, Mario J. Ramos et Félix Rose), s’ils voulaient nous accompagner. Ils ont tous acceptés et, eux-aussi, par leurs propres moyens. Par la suite nous avons fait des recherches de subventions, mais en vain. Afin de payer une partie du voyagement, l’idée d’approcher des revues reliées au cinéma pour des articles et reportages photos sur place fait par notre équipe a été soulevée. Nous partagerons les ventes de ces articles ensembles, si on trouve preneur. »

Mais ça coûte cher, tout ça, non ? Il faut vouloir, quand même…

« Selon moi, le producteur se doit, dans la mesure du possible, d’accompagner son œuvre, ou ses artistes dans les festivals dans lesquels il choisi de se proposer. Une nomination à un festival reconnu apporte une certaine renommée au projet, un certain sceau de qualité et une reconnaissance internationale. Donc, d’être sur place permet de faire la promotion de ce projet, et si jamais on en retire un prix, c’est une question de respect pour les organisateurs d’avoir un représentant sur place pour l’accepter. »

Sages paroles. Et le nombre impressionnant de séries web québécoises en nomination, qu’en pense-t-il ? Le web serait-il plus développé au Québec ?

« Le web n’est pas moins développé en France, mais il est développé différemment. La France supporte, finance et diffuse depuis les dernières années des courts métrages, longs métrages et beaucoup de documentaires sur le web. Par contre au Québec, c’est la série web de fiction qui s’est démarquée par sa qualité et sa quantité en 2010. On a eu droit à plusieurs nouveautés et concepts de très haute qualité cette année. Les thèmes internationaux de nos séries web québécoises ont su attirées l’intérêt du public français. »

Les gars seront présents du 16 au 18 à La Rochelle, et seront à Paris du 19 au 24 afin de rencontrer un distributeur intéressé au projet. Ils en profiteront peut-être aussi pour tourner un court-métrage. Ils n’arrêtent jamais, ces garçons! Gros merci à Roberto pour ses réponses. Monsieur Mei qui sera d’ailleurs de la distribution d’Alice aux pays des Merveilles par Mariloup Wolfe dès lundi pour Fabrique-moi un conte, série qui est aussi en nomination au festival (ouff, je fais des liens de guerrière du web) :

http://lescontes.radio-canada.ca/

Je vous invite donc à aller voter pour vos séries favorites au WebTV-Festival. En fait, je vous y oblige. Pour voter, vous n’avez qu’à sélectionner une série, et dans le bas, vous verrez les notes de 1 à 5. Vous ne pouvez voter qu’une seule fois par clip, mais vous pouvez voter pour le nombre de clips que vous voulez…Muhahaha. C’est important de le faire afin d’encourager notre webtélé. Le petit cinq minutes de votre temps vaut beaucoup. Voyez, je vous donne même le lien sur un plateau d’argent :

http://www.webtv-festival.tv/presentation/le-webtv-festival-2011.html,1,75,1,0,0

Bonne chance à toutes les séries québécoises en « compétition ». J’isole le mot « compétition » car je suis une grande utopiste et j’ose croire que nous sommes une belle et grande communauté. J’ai mes chouchous, comme les séries sur lesquelles j’ai travaillé, mais je suis sincèrement fière et heureuse pour tous ceux qui ont participés aux séries reconnues par le WebTV-Festival, qui sont pour la plupart des gens que j’aime et que je respecte énormément. Merde à tous, comme on dit.

C

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La Déséducation, un problème de société

À l’école, j’étais un mouton noir. Il faut dire que j’avais auparavant eu la chance de faire « l’école à la maison », donc d’avancer à mon rythme avec des professeurs que je choisissais, ou que du moins j’approuvais. Lorsque j’arrivai au secondaire, j’étais de ces élèves qui voulaient apprendre, mais qui sont bien vite désabusés et démotivés. J’étais une ado qui tissait des liens très forts avec certains enseignants qui ressortaient du lot de par leur passion et la dévotion à leur matière. Je me retrouvais par contre souvent dans le fameux bureau du directeur parce que j’avais beaucoup de difficultés à interagir avec les « autres profs », ceux qui selon moi étaient incompétents, mous, et parfois même méchants. Au cégep, lorsque je demandai de l’aide (il faut dire que je manquais l’école au moins deux fois par semaine à cause des tournages) on me répondît que je n’étais plus une enfant, de demander aux autres élèves ou de lire le plan de cours sur le site internet. J’ai arrêté d’aller au cégep après quelques mois, moi qui avais une moyenne de 90% dans tous mes bulletins depuis toujours.

Quand j’ai visionné les premiers épisodes du webdocumentaire « La Déséducation » de Mathieu Côté-Desjardins, j’ai été soulagée. Je ne suis pas folle, finalement, c’est ça?

« C’est un peu la réaction du public en général, me répond Mathieu lors d’une entrevue téléphonique. Les gens sont soulagés de ne pas être seuls dans leur situation, de penser ce qu’ils pensent. Même les jeunes du primaire, dès la quatrième année à peu près, comprennent qu’il y a quelque chose qui cloche. »

La Déséducation, c’est un webdocumentaire choc en huit épisodes sur les failles du réseau de l’éducation, des méthodes d’enseignement douteuses et des lacunes graves du système scolaire. Des entrevues pertinentes, un sujet qui touche tout le monde, le portrait alarmant d’un cercle vicieux, c’est ce que nous propose Mathieu, lui-même enseignant.

« Dès les premiers jours d’université en enseignement, je savais que quelque chose ne tournait pas rond, me dit Mathieu. En tant qu’enseignant diplômé, ce ne fût qu’une question de quelques mois avant de réaliser que je devais faire quelque chose. (…) Je suis un enseignant, ce documentaire n’est que la suite logique des choses. C’est ça ma job, éducateur social. Les gens doivent savoir ce qui se passe. »

La Déséducation sera suivi d’un volet de seize épisodes qui, cette fois, nous présentent des solutions : La Rééducation.

« Nous y rencontrerons de nouveaux intervenants comme des parents et des élèves, qui soutiennent des propos vraiment forts, dont l’école à la maison. Je les écoutais en entrevue et j’étais pendu à leurs lèvres.» raconte le jeune prof.

Mais les autres professeurs, dans tout ça? C’est sûr qu’avec une initiative comme ça, Mathieu Côté-Desjardins ne s’est pas fait d’amis.

« La réaction du public est très positive. La Déséducation s’est déjà fait voir par des dizaines de milliers d’internautes. C’est bon signe. Mais les autres enseignants font les hypocrites. Ils aiment mieux fermer les yeux là-dessus. Ne pas voir. Ceux qui m’en parle me félicite, par contre. »

Un nouvel épisode de La Déséducation est mit en ligne sur Kebweb.tv tous les mercredis, et les épisodes de La Partie 2 : La Rééducation seront sur le site tous les mardis et jeudis à compter du mois de mars. Allez voir ce documentaire. Mais surtout partagez-le avec vos amis, vos parents, vos collègues. Le phénomène de la déséducation, c’est un phénomène de société. C’est ce que j’ai compris en discutant avec Mathieu. Il ne blâme pas seulement le système d’éducation, les enseignants ou le ministère. Ce sont aussi des parents, des jeunes, des humains qui doivent s’ouvrir les yeux sur un problème qui nous touche tous d’une certaine manière. C’est toute une société qui doit se mettre en branle pour changer les choses.

Mathieu, qui parle aussi d’écrire un livre et de s’attaquer à un nouveau projet cinématographique, est un vrai passionné de son sujet et de son emploi. C’est beau et inspirant de l’entendre.

« Je pense qu’on est pris dans un immense feu de forêt. Tout brûle, mais la terre en dessous de nous est fertile. Je suis optimiste en l’avenir. (…) J’ai beaucoup d’histoires d’horreur à raconter, mais je suis témoin dans mon métier de beaucoup de beauté aussi, de petits miracles. »

Merci, Mathieu.

C