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Interroger l’interactivité en webtélé – Le cas d’Hors d’ondes

Le dernier épisode de la première saison d’Hors d’ondes – Confessions d’une téléréalité a été mis en ligne aujourd’hui. Ainsi est complétée, au terme de 10 épisodes, la diffusion de cette websérie qui se retrouve sans conteste parmi mes préférées de l’année.

Dans Hors d’ondes, on suit le quotidien d’une équipe de production d’une téléréalité nommée «L’Appart», au format comparable aux Big Brother et autres Loft Story qui prennent d’assaut nos écrans télé depuis plusieurs années déjà (trop longtemps, diront certains). Ainsi, la série produite par Turbulent met en scène Kim Rusk en productrice sans tabous ni morale, Anne-Élisabeth Bossé en assistante souffre-douleur de la productrice, Pierre-Luc Brillant en réalisateur blasé et Daniel Thomas en animateur à la fois narcissique et anxieux.  Ces personnages sont tantôt légèrement névrosés, tantôt manipulateurs et presque toujours politiquement incorrects, mais le jeu juste des quatre comédiens parvient à nous les rendre attachants malgré tout.

L’écriture de Caroline Mailloux et de Marie-Andrée Labbé sous-entend une critique ouverte des dérapages éthiques et du gros bon sens, qu’on soupçonnait déjà des coulisses des émissions de téléréalité.On dit d’ailleurs s’être basé sur des expériences bien réelles pour bâtir le scénario. Aucune limite (ni celles du bon goût, ni celles de la morale) ne retient l’équipe de production; on saoule les candidats pour mettre un peu d’action dans L’Appart, on manipule le vote du public via un montage biaisé et on ferait tout pour obtenir des premières pages de magazines, peu importe le nombre de réputations qu’on devra sacrifier pour y arriver.  Bref, la websérie humoristique porte un regard grinçant sur la télé et sur ce qu’on est prêt à y faire au nom de la lutte des cotes d’écoute, le tout présenté dans un enrobage visuel réussi.

L’interactivité remise en question

Au début de chaque épisode d’Hors d’ondes, on offre la possibilité d’écouter en mode linéaire (c’est-à-dire sans interruption) ou en mode interactif. C’est d’ailleurs grâce à cette composante interactive que la série a été jugée admissible au soutient financier du volet expérimental du Fonds des médias du Canada.  Ainsi, on nous propose d’accomplir des tâches simples, comme siffler dans le micro de son ordinateur ou secouer la tête devant sa webcam, pour avoir accès à des séquences bonus.  Ces «extras» ne font cependant pas avancer l’histoire; il s’agit simplement de capsules de quelques secondes, souvent absurdes, sans lien réel avec l’épisode en cours.

Ce volet interactif paraît pour le moins interrogeable. Sans enlever à la qualité narrative de la série, cette interaction avec le spectateur ne lui apporte rien non plus. En moyenne, 35% des gens qui visionnent un épisode d’Hors d’ondes le font en mode interactif. J’ai interrogé à ce sujet Marc Beaudet, président de Turbulent et producteur de la websérie, qui admet d’emblée que le niveau d’interactivité reste plutôt simple et très «grand public».

Marc Beaudet explique que la plupart des gens sont «paresseux» dans leur écoute. Selon lui, le public préfère une consommation en lean back comme en télévision lorsqu’on écoute une websérie plutôt qu’une consommation en lean forward, ce à quoi nous prédisposent habituellement les plateformes numériques.  Le producteur souligne qu’en général des gens ne sont pas intéressés à suivre une websérie où on les sollicite constamment. Selon lui, en cours de création, il faut garder en tête que bien que la webtélé soit un genre en soi, on reste beaucoup plus proche de l’univers de la télé que de celui du jeu vidéo. Dans la majorité des cas, le public ne chercherait pas à «jouer» lorsqu’il écoute une websérie, mais bien à être diverti, à relaxer, à se changer les idées.

Cette attitude relativement conservatrice des consommateurs de webtélé telle que décrite par Marc Beaudet est peut-être en partie attribuable au fait que ce qui a été qualifié jusqu’ici de webséries interactives, depuis la naissance du genre, peut s’être avéré décevant pour le public.  À mon avis, les webséries de ce type qui ont été diffusées jusqu’à maintenant n’explorent qu’une fraction de ce qui pourrait être fait en création audiovisuelle numérique. En l’occurrence, le cas d’Hors d’ondes en est un bon exemple. L’intégration d’un volet interactif à cette fiction déjà fort réussie est allignée avec les tendances créatives du moment sur le web, mais le résultat final laisse un peu dubitatif.

Dans ce cas précis, peut-être doit on interroger les critères peu flexibles du Fonds des médias du Canada qui exige un pan interactif pour que les projets de webséries soient admissibles à son volet expérimental. Dans une perspective plus large, peut-être devrait-on carrément remettre en question la pertinence de l’interactivité en webtélé; est-ce que c’est parce qu’on peut le faire qu’on doit le faire?  Le mode interactif nécessite-t-il une approche, une écriture et une mise en marché différentes de la websérie linéaire?  Lorsque bien intégrée à la trame narrative, l’interactivité ouvre-t-elle la porte à une proximité avec le public, à un engagement des fans que le mode linéaire ne permet pas?  De telles réflexions semblent pertinentes pour les créateurs, producteurs, diffuseurs et bailleurs de fonds qui gravitent dans l’univers toujours émergent de la webtélé.

Billet rédigé par: Gabrielle Madé

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Interactif ou non, là est la question

Interactivité par-ci, interactivité par-là, on entend énormément parler des séries web interactives depuis quelques temps. Certaines à qui ça réussit très bien, d’autres qui se sont fait prendre au piège. Certains débattent de la nécessité de cette technique, d’autres (comme les subventionnaires), la demande à tout prix. Je me suis entretenue avec deux artisans qui semblent avoir compris la recette gagnante de l’interactivité, Miryam Bouchard (créatrice de Fabrique-moi un conte) et Micho Marquis-Rose (créateur de Zieuter.tv) sur le comment du pourquoi.

Premièrement, comment peut-on définir exactement une série web interactive? Quels en sont les critères?

Miryam : Il faut seulement qu’il y ait une participation du public. Ce n’est pas « je clique, je regarde, j’écoute », il faut que le spectateur devienne participant. Souvent, les gens pensent que lorsqu’une série est interactive, c’est compliqué et ça comprend plein d’étapes. Oui, il y en a certaines qui sont complexes, mais il y en a d’autres où c’est très simple. J’aime comparer ça aux livres de notre enfance « Les livres dont vous êtes le héro ». On devait lire l’histoire, et au travers de la lecture, choisir la suite du récit.

Qu’est-ce qui fait que vous avez opté pour l’interactivité? Une demande particulière des subventionnaires ou c’est arrivé spontanément?

Miryam : J’ai eu l’idée il y a quelques années parce qu’en faisant Les chroniques d’une Mère Indigne (elle en était l’instigatrice et la réalisatrice) j’ai réalisé que sur le web, il n’y a pas de filtre, c’es instantané. Autant les critiques que les suggestions du public… Trente secondes après la diffusion d’un épisode, certaines personnes nous écrivaient pour questionner le choix d’un comédien, ou pour nous suggérer une idée pour la suite de l’histoire. J’ai compris que ces gens voulaient avoir une influence sur la série, un peu comme si ça leur appartenait. L’idée me vient aussi un peu de mon père, qui me racontait des histoires inventées quand j’étais petite. Quand j’ai eu l’âge de lire, j’ai compris que ses histoires « inventées », étaient quelques fois sa propre version des contes classiques. (Rires)
Micho : J’ai commencé à développer Zieuter.tv avant que le nouveau Fond des Médias du Canada soit connu. Ensuite, j’ai continué avec des projets interactifs car oui, le financement est plus présent mais aussi parce qu’avec Zieuter.tv mon équipe et moi avons développé une bonne expertise pour ce genre de websérie.

Pourquoi, selon vous, l’interactivité est-elle un critère qui revient régulièrement dans les demandes de subventions? Est-ce que l’interactivité amène vraiment un plus vaste public?

Micho : Dans le cas du FMC, le fond disponible pour les webséries est seulement le volet expérimental. Ce volet englobe un paquet de trucs comme les jeux vidéo et les logiciels. La demande d’interactivité est donc justifiée, il faut des projets novateurs et …Expérimentales. Je crois qu’en ce moment, le problème n’est pas la demande d’interactivité des 2 fonds disponibles pour les webséries, mais bien un manque de financement diversifié destiné à ce créneau. Il y a de la place sur le web pour le linéaire et l’interactif, le public est là et aime nos webséries québécoises.

Est-ce une charge de travail plus importante que de gérer un site interactif?

Miryam : C’est certain que c’est plus difficile, ce n’est pas seulement mettre en ligne un épisode une fois par semaine. Fabrique-moi un conte, c’est aussi un tournage, de l’écriture et de la recherche qui s’étalent sur 8 semaines, comme un long métrage. On a décidé de ne pas se faciliter la vie parce qu’en plus, on fait un making of par épisode. C’est aussi plus coûteux et complexe, puisque le site est toujours actif et qu’il y a une mise à jour constante.
Micho :
Définitivement. Plusieurs tests sont nécessaires et tant qu’il y des mises en ligne, le travail n’est pas terminé.

Quelle est la réponse du public jusqu’à présent? Est-il très participatif?

Micho : La réponse est très positive, le public aime et il est présent à toutes les semaines. Nous sommes très heureux du résultat. Nous sommes aussi très fiers du prix à La Rochelle (WebTV-Festival) et ce qui est fou c’est qu’il y avait des projets très forts dans notre catégorie comme Addict diffusé par ARTE, un projet interactif de 1 200 000 d’euros…. Faut croire qu’au Québec on fait beaucoup avec peu.

Que conseilleriez-vous à un créateur de webtélé qui voudrait opter pour l’interactivité? Y’a-t-il des choses à faire, ou à ne pas faire absolument?

Miryam : Pour ma part, j’aurais peut-être essayé de lancer quelque chose deux ou trois semaines avant le début de la série, afin de créer un « buzz » et qu’à la première semaine, il y ait déjà un attrait pour la série. On le sait, la promo dans le monde du web, c’est surtout du bouche à oreille. Le succès de notre concept est basé sur les huit semaines d’interactivité directe, donc si ça prend trois ou quatre semaines avant d’atteindre notre plus haut nombre d’auditeurs, c’est un peu moins intéressant.
Micho :
Je crois que les choses les plus importantes à savoir, c’est que votre projet doit être pensé interactif dès le tout début, dès la genèse. Il ne faut pas plaquer ou forcer un concept interactif sur une série de fiction…Ça ne fonctionnera pas. Ensuite, entourez-vous! Dans un projet interactif, ce qui est primordiale, c’est l’échange entre les différents créateurs fiction et web. Vous devez créer des rencontres pour avoir un projet le plus complet possible. Je vais citer Hugues Sweeney de l’ONF qui a, entre autres, récemment produit les excellents projets « Sacrée Montagne » et « Ma tribu c’est ma vie », il dit en parlant de ses projets :  » mon réalisateur, c’est l’équipe ». Je crois que ça illustre parfaitement la dynamique d’un projet interactif de fiction ou documentaire.

Merci beaucoup à Micho Marquis-Rose et Miryam Bouchard pour ces entrevues. Pour écouter ces deux excellentes séries, ou plutôt, pour y participer:

Zieuter.tv :
http://zieuter.tv/

Fabrique-moi un conte :
http://lescontes.radio-canada.ca/

Et voilà, à la prochaine, mes doux lecteurs, sur mon blogue Kebweb.TV !!!

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